Le fabuleux destin d’Abdullah Miakhail

Le fabuleux destin d’Abdullah Miakhail

Il y a deux ans, pour fuir la guerre afghane, Abdullah s’embarque avec un groupe d’une vingtaine de personnes, à pied, à travers différents pays, avant d’arriver en France. Là, pris en charge par les associations d’aide aux réfugiés, dont l’ASER, il travaille d’arrache-pied, apprend la langue et s’apprête aujourd’hui à achever son parcours d’insertion. Exemple à suivre.

Abdullah Miakhail a à peine vingt-et-un an, quand il décide de quitter Larghman en Afghanistan. « A cause de la guerre », affirme t’il. « On ne peut pas vivre avec la guerre tous les jours ». Alors, un matin il prend la route avec un groupe d’une vingtaine de personnes, laissant derrière lui ses parents et ses deux petits frères. La progression est longue et difficile. Les hommes marchent sans cesse, évitant les autorités, traversant les frontières, se nourrissant de quelques réserves emportées dans un petit sac à dos. Ils dorment dans les forêts, empruntent les chemins et boivent à même le ruisseau. « En quarante jours », ils atteignent la Turquie, puis l’Italie. Là, le groupe se disloque. Certains décident de rester. Abdullah poursuit sa route jusqu’à Paris.

La capitale française est pour lui une révélation. « J’ai rencontré une personne très gentille. La France est un très bon pays. J’avais déjà entendu parler de la France, j’ai vu la tour Eiffel et j’ai décidé de rester en France », raconte t’il, ému. Pris en charge par des associations d’accueil de réfugiés, il finit sa course folle à Bourges, ou il est établi aujourd’hui. C’est là que commence l’apprentissage, long et difficile pour cet homme qui n’est allé que 3 ans à l’école dans son pays d’origine. De 6 à 9 ans. Dès l’âge de 10 ans, il travaille » avec son père dans sa boutique d’alimentation ». C’est sans doute ici qu’il acquiert des notions importantes pour réussir : le travail, la rigueur. Des valeurs qui lui valent de progresser rapidement. « Il faut travailler, beaucoup travailler pour construire sa vie ».

C’est ainsi qu’à raison de deux jours d’enseignement par semaine, il apprend le français, encore un peu balbutiant, mais très correct. Pour s’améliorer, il achète un livre de conjugaison. Et il travaille en dehors des cours. Il suit une formation : le Caces (Certificat d’aptitude à la conduite en sécurité) pour pouvoir conduire des engins de chantier, chariots de manutention, élévateurs… Il a d’ailleurs suivi un stage dans une entreprise de transport. « Chez « CQFD ». Nous n’avons que de bons retours : bonne conduite, motivé, rigoureux », raconte François, son encadrant ASER. « Je n’ai pas pensé que je faisais un stage, j’ai vraiment travaillé, parce que je voulais rester là-bas », explique Abdullah, désireux de s’intégrer. Il aime déjà « le fromage de chèvre, (…), les chansons d’Indilla… », et essaie de lire des ouvrages en français. Ensuite, il souhaiterait suivre une formation en électricité et en plomberie. Toujours curieux de connaissances. Dans son parcours de formations, la plus grosse difficulté, selon lui, c’est la langue. Puis la complexité administrative. « Dans les formulaires administratifs, les mots n’ont pas le même sens… »

A ses côtés, l’association ASER et son antenne de Veaugues à laquelle il adresse de sincères remerciements. « Son parcours chez ASER lui a permis d’apprendre le français, de passer le Caces, de faire une immersion qui va peut-être déboucher sur un CDI… Ce sont les premiers jalons d’une vie professionnelle », précise Céline Bizet, encadrante ASER. Pour être totalement autonome, il devra aussi obtenir un permis de conduire. C’est la prochaine étape, sans doute. « Avec un permis, je pourrai trouver plus facilement un travail » assène le jeune homme. Pour l’instant, ajoute Céline Bizet, « il est véhiculé par Gas18 ».

« Je pense souvent à ma famille. Mais je ne peux pas retourner en Afghanistan, à cause de la guerre. Et je crois que ça ne sera malheureusement jamais possible », lance t’il. Il peut lui téléphoner régulièrement. Il raconte son travail, sa vie.

« Pour l’instant, en tant que réfugié politique, il a un titre de séjour de 10 ans », explique Céline Bizet. « La prochaine fois, il pourra demander un autre titre de séjour ou la nationalité française. Avec une situation stable, c’est envisageable. Il est « carré », très méticuleux, a des facilités d’apprentissage et une soif d’y arriver impressionnante. Il va s’en sortir rapidement. » « J’aimerai bien la nationalité française », confirme t’il. « Je veux rester en France. Je rêve d’ouvrir un restaurant. Et faire des spécialités de chez moi », conclut Abdullah.